Au beau milieu des Trente Glorieuses, la France construit l’Europe en réformant son industrie. Les puits de mines sont progressivement abandonnés. La décentralisation industrielle, lancée dans les années soixante, est une aubaine pour certaines régions de l’Ouest et du Sud de l’hexagone, mais marque le début du déclin des bassins industriels traditionnels. Au coeur de la Vème République gaulliste, les ouvriers doivent faire face à une nouvelle révolution industrielle. L’automatisation redessine sa place. Ces années-là parlent de progrès, de confort et de plein emploi. Mais les ouvriers de cette génération s’interrogent : ne sont-ils que des machines à produire ?
Ils y ont crû : un président de gauche devait forcément les protéger. La désillusion est terrible. Dès 1983, la fermeture des Hauts-Fourneaux, les restructurations dans l’automobile, les délocalisations, l’intérim, le chômage, la précarisation de la vie assomme les ouvriers. Celui qui a un emploi est un chanceux. Pour le conserver, il faut faire profil bas et endurer un rythme toujours plus soutenu. Les ouvriers qui, un temps, avaient espéré accéder aux classes moyennes, se retrouvent une nouvelle fois relégués en bas de l’échelle. La fierté d’appartenance à une classe laborieuse a disparu avec cet espoir déçu. Désormais, on ne se dit plus « ouvrier ». On préfère le nom d’ «opérateur» ou de «technicien». Sept millions de travailleurs sont ainsi «ouvriers » sans vraiment le savoir eux-mêmes.
Devenir moniteur-éducateur pour aider les plus fragiles, les plus abimés c'est le chemin singulier choisi par les quatre personnes suivies tout au long de ce documentaire. Pendant un an, des bancs de l'école aux stages sur le terrain, la caméra accompagne leurs premiers pas auprès de jeunes autistes, mineurs migrants, enfants placés ou SDF. Entre la quête d'un métier qui a du sens et l'envie d'être utile, ils se feront l'écho d'une société qui apprend à prendre soin des autres.